Au-dehors, l'horizon grise semblait trembler avec le vent. Les arbres déchaînés effectuaient une danse macabre, des objets quotidiens se transformaient en projectiles mortels et traversaient la vision qu'offrait la petite fenêtre, le silence avait pris place avec la peur.
Tous les adolescents qui étaient recroquevillés dans le gymnase sombre avaient tous connu la peur. Une fois dans leur vie, au moins.
Mais alors que chacun scrutait le regard de l'autre, de ce voisin inconnu, de cette amie chère, de ce garçon aimé ou de cet ennemi juré, tous pouvaient lire la même expression sur les visages : l'effroi.
Ce sentiment paralysant, beaucoup moins pouvaient réellement dire l'avoir déjà ressentit. Et même si le souvenir d'une prise d'otage, d'un suicide imminent ou d'un safari en Afrique refaisait surface, la crainte était plus forte que jamais. Car ils savaient tous pertinemment que, cette fois, ils ne pouvaient rien faire.
Ils n'étaient plus bien différents maintenant. Les mêmes visages effrayés, les mêmes pupilles humides, les mêmes mains tremblantes... le même silence. On ne se fait jamais à la peur, qu'on l'ait déjà rencontré des millions de fois ou pas. La peur vous submerge tout entier et écrase tout le reste. La peur est un sentiment naturel qui prévient d'un très grand danger.
Or ils avaient raison d'avoir peur : avant la fin de la journée, l'un d'eux verrait sa vie changer à jamais...
2 heures avant...
Ryan : Elle... Elle arrive. Droit sur nous.
Une multitude de têtes se retourna vers un Ryan haletant au pas de la porte, la même expression d'incrédulité innocente sur les visages.
Chris : Tu parles de la prof de SVT ou peut-être de... la colère divine ?
Ryan avait le regard exorbités d'horreur, souriant à une blague que lui seul semblait comprendre ;
Ryan, murmurant : Tu ne crois pas si bien dire...
Alors le professeur de SVT arriva dans la classe. Mais sur ses traits se lisaient une expression que tout adolescent de Cherrycity commençait à bien reconnaître.
Professeur : Il n'y a pas de temps à perdre : nous allons tous calmement nous diriger vers le gymnase, c'est l'endroit le plus sûr. Prévenez vos parents : qu'ils restent chez eux vous êtes pris en charge par le lycée...
Dans l'ordre qui suit l'incompréhension, les élèves se levèrent calmement et se dirigèrent vers l'aile ouest du lycée. Mais même si les muscles avaient été plus rapides, tous commencèrent à comprendre.
Et la panique prit possession des lieux.
1 heure avant...
Le monde gigantesque s'était soudain réduit au gymnase du lycée. Certains distribuaient des vivres ou des couvertures, d'autres se blottissaient dans un coin avec des amis, d'autres encore rassuraient des proches au téléphone. Car non loin de là où ils se trouvaient tous, une tornade de magnitude 3 approchait. Celle qui précisément était supposée éviter Cherrycity et ses alentours. Et la tornade allait amener peine et désolation avec elle...
Paige : Viens un peu par là, Watson !
Elle leva les yeux au ciel. Non loin d'elle, Lindsay réconfortait les plus jeunes et répartissait couvertures et nourriture. Avec son éternel sourire travaillé de véritable pom-pom girl, Lindsay revint enfin vers son amie et s'assit contre près d'elle, le dos au mur.
Lindsay : Et dire que j'avais réservé des mois à l'avance pour cette manucure...
Paige sourit. La légèreté de son amie faisait aussi partie de la panoplie parfaite reine du lycée.
Lindsay : Eh bien ! La seule fois où j'aurais jamais vu Paige Delfino sourire aura été en attendant une tornade ! Plutôt atypique...
Paige ne perdit pas son sourire mais ses yeux se baissèrent vers ses genoux remontés contre elle. Lentement, sa main attrapa celle de Lindsay et une perle humide roula sur sa joue.
Lindsay : Hey ! ça va aller... Tout va s'arranger...
Caressant doucement la chevelure chocolat de celle qui sanglotait dans ses bras, Lindsay ne perdit pas son sourire. Elle n'avait jamais faillit, même dans les moments difficiles. Elle n'était peu être pas la fille la plus profonde du lycée mais elle était le roc solide sur lequel une s½ur autrefois, ou une amie à présent pouvait se reposer. C'était son devoir.
Paige : Tu es ma meilleure amie... La seule que j'ai jamais vraiment eu.
Elle releva la tête vers Lindsay qui la jaugea d'un regard tendre.
Lindsay : Je le sais, ça. Aller, essuie-moi tes larmes ton mascara coule !
Paige pouffa nerveusement et s'empressa de frotter ses yeux et de reprendre contenance. Mais sa main ne lacha pas celle de Lindsay.
Un peu plus loin, une jeune femme se balançait d'avant en arrière, le regard perdu dans le vague, marmonnant des son inintelligibles.
Ryan : Je peux m'asseoir ?
Lily releva brutalement sa tête vers lui, le fixant de ses yeux vides et incompréhensifs. La vraie tempête faisait rage dans son esprit. Et la voix de Maya avait soudainement pris des modulations plus grave, pour devenir la tonalité rauque de Ryan.
Ryan, s'asseyant : ça promet d'être long... Si tu vois ma mère, pitié préviens-moi je n'en peux plus de jouer le fils de la directrice !
Lily le fixait toujours de ses yeux noisette mouchetés d'or, comme recouvert d'une pellicule miroitante de folie intérieure. Puis elle se remit soudain à se balancer, entourant plus étroitement ses genoux de ses bras frêles.
Lily, marmonnant : Je ne sais plus où jen suis, je ne sais plus où j'en sui, je ne sais plus où j'en suis, ...
Le visage de Ryan refléta alors une tristesse profonde et anxieuse. Tendrement, il fit un geste vers elle mais Lily se déroba comme effrayée.
Ryan : Je devrais te demander cette fois...
Lily repensa au fameux soir où il l'avait brusquement embrassée. Elle ne savait plus ce qu'elle avait ressentit alors.
Ryan : Puis-je t'embrasser ?
Les trépignements de Lily cessèrent et elle se figea, immobile pendant un temps. Ses yeux loin de ceux de Ryan. Puis, presque si imperceptiblement que Ryan faillit le manquer, elle hocha la tête et son grand voisin blond déposa sur sa joue fraîche un petit bisou tendre. Ce qu'elle ressentit à ce moment-là, elle ne l'oublierais jamais.
Jake arrêta de faire les cents pas lorsqu'une douleur sourde saisit ses deux jambes. Se laissant tomber avec un grognement à terre, il renifla l'air âcre de la salle bondée. Observant le véritable camp de réfugiés qu'était devenue la pièce, il vit partout des exemples d'amour et de solidarité : au loin, la tête d'Émily reposait sur l'épaule de Chris qui lui caressait ses cheveux or clairs, Chloé aidait un vieu professeur à s'installer... Aucune émotion. Il était seul maintenant. Seul et insensible.
Mais une vive douleur contracta son c½ur un instant, comment un nouvel élan de vie. Ce pincement, il avait essayé de l'ignorer mais il revenait de plus en plus insistant, de plus en plus fréquemment, de plus en plus intense. En réalité, il ne savait pas quelle en était la cause. Le deuil de sa petite amie avait été long et il éprouvait toujours un besoin de vengeance mais cela avait plutôt refroidit son c½ur meurtri. Non, ce qui le faisait battre, soudain, à nouveau, il en ignorait la raison. Mais inconsciemment, il repensa à la vision qu'il avait eu d'une Sasha larmoyante enfouie dans les bras protecteur d'un rockeur.
Retour au présent...
La musique du vent, la longue plainte de son souffle puissant était à la fois magie et poésie. Mais l'aura de mort et de destruction qu'elle annonçait ne donnait qu'une seule chose : la peur. Il est étonnant de voir à quel point tout revient toujours à ce sentiment. De constater comment chacun, aussi différent soit-il des autres, se verra habité par la crainte comme le reste. Il n'y avait plus qu'un seul corps dans le gymnase, une seul unité qui tremblait en c½ur.
Et puis brusquement, dans un éclat de verre et de cris, le hurlement de la tempête s'engouffra dans la pénombre du l'aile ouest du lycée de Cherrycity.
Sang, pleurs, désespoir, hurlements, destruction, effarement, incompréhension, panique... On court, on crie, on s'agite. Peur.
L'un des réfugiés n'allait pas s'en sortir indemne.
Comment Naomie avait-elle prédit la destruction du lycée ?
Pour le savoir, rendez-vous à l'épisode suivant contenant son lot de surprises et de révélations !


